Pourquoi je me suis inscris à ‘En Marche’ dès sa création et pourquoi Emmanuel Macron devrait gagner la présidentielle.

portrait GDI

    Géry Divry



Si l’on essaye de modéliser le monde actuel et ce qui se passe actuellement autour d’Emmanuel Macron on arrive rapidement  à la conclusion qu’une logique implacable devrait le mener à la victoire. 

Il est à mes yeux surprenant que les analystes politiques aient mis tant de temps à comprendre et reconnaître qu’il ne s’agissait pas de la bulle sans contenu qu’il commentaient d’un air amusé, et même autour de moi, quand je disais à mes proches dès le mois de mai que cet homme allait logiquement gagner, on me regardait gentiment en me prenant pour un doux rêveur. Pas de programme, pas de soutiens, tu rêves !

Je suis un fervent lecteur de la Saga ‘Fondation’  écrite par Isaac Asimov à la sortie de la seconde guerre mondiale. Ces romans sont articulés autour d’une science appelée la « psychohistoire » qui essaye de prédire ce que seront les évolutions historiques en s’appuyant sur la psychologie des foules.  J’invite ceux qui n’ont pas lu ces romans à le faire car comme sur bon nombre de sujets, Asimov était un visionnaire très surprenant.

Même si cette science n’existe pas vraiment, ses fondements sont intéressants et m’ont amené à analyser les possibles scenarios de cette élection. Cette analyse, intuitive au départ puis de plus en plus structurée au fur et à mesure que le scénario imaginé se confirmait jour après jour s’est révélée étonnement juste.  Aujourd’hui, la probabilité de réussite dépasse largement celle de l’échec du scénario.

Posons le décor.

Il y a deux ans il était devenu manifeste que le gouvernement de la France se trouvait devant une contradiction qu’il ne saurait résoudre. 

Il savait que le besoin de reformes structurelle sur le marché du travail était la clef de la baisse du chômage, mais les décisions à prendre ne correspondaient pas au mandat qu’il avait reçu d’un grande part de ses électeurs, sa majorité était donc fragilisée. La frange gauche, partisante d’une gauche utopiste s’opposait avec une gauche plutôt sociale libérale de gouvernement.

Deux options s’offraient à lui, continuer avec un programme de redistribution qui, pénalisant les entreprises,  plomberait encore le chômage ou lancer des réformes structurelles importante à l’encontre d’une majorité de son électorat naturel.

Notre président est un homme de compromis, et malheureusement il a oscillé entre ces deux options,  en lançant initialement un projet de réforme ambitieux  porté par Emmanuel Macron pour finir en le détricotant sous la pression des immobilistes de sa gauche. Il en est sorti un projet incohérent, déséquilibré et dont les résultats n’ont pas été à la mesure des attentes. Mon opinion est que Monsieur Hollande a manqué de courage politique, et je lui en veux beaucoup pour ca !

A vouloir ménager la chèvre et le chou, le gouvernement est donc sorti de ces atermoiements en ayant réussi à se mettre à dos les réformateurs comme les conservateurs, et à désespérer les électeurs.

 

Aujourd’hui, un sentiment de raz le bol général s’installe dans le pays, il est mur pour un grand changement.

Les Extrêmes à gauche et à droite prennent du volume, attirent les foules, L’Europe est leur cible privilégiée, on lui fait porter nos propres incohérences politiques. Et très curieusement, les hommes politiques de droite et de gauche s’appuyant sur leurs maîtres à penser qui imaginent que l’histoire se répète sans discernement vont aller se battre sur le terrain de ces extrêmes pour ne pas être mangés.

Quelle erreur d’analyse politique !

Les partis populistes des extrêmes ne se nourrissent pas d’idées qui sont les leurs, ils se nourrissent de l’absence d’idées et de conviction des partis de gouvernement, ils se nourrissent du désenchantement devant des partis vieillissants qui sont représentés par les mêmes têtes depuis des dizaines d’années et qui essayent de faire croire qu’il feront autrement à chaque élection.

La professionnalisation du métier de politicien est la cause indirecte de la montée des extrêmes, les ambitions personnelles des leaders, leur déconnection progressive avec leurs électeurs, le verrouillage des appareils politiques  pour conserver leur postes, bloquent tout renouvèlement des partis.  On assiste à un théâtre de manoeuvres fratricides pour éliminer les concurrents et conserver des avantages acquis,  sur ce point les politiciens sont pires que les syndicalistes. Parallèlement les affaires financières,  les malversations de quelques uns des représentants du peuple au vu et au su de tout le monde sans que rien ne se passe vraiment sauf à, de temps en temps,  faire un exemple,  laissent le sentiment que la classe politique n’est plus au service des citoyens mais au service de leur propre intérêt.

Je sais que ce tableau est sombre est qu’une grande majorité des représentants du peuple sont honnêtes et dévoués à leurs électeurs mais le sentiment de rejet de la classe politique installée est un facteur qui explique ce qui est en train de se passer..

Le ‘tous pourri’ est l’argument numéro un de recrutement des extrêmes, non pas que ces derniers soient plus vertueux que les autres, loin de là, mais leur rhétorique s’appuie depuis tellement longtemps sur leur victimisation qu’ils arrivent à faire passer toute malversation découverte à leur encontre pour un complot des forces en place afin de les discréditer. Il est beaucoup plus facile pour un élu d’extrême droite d’être malhonnête sans conséquence politique car son électorat le prend, ‘a priori’, pour une victime de l’acharnement judicaire, alors ils ne s’en privent pas.

La classe politique de gouvernement n’a pas voulu voir qu’en acceptant de représenter encore et encore les mêmes dirigeants malgré leurs échecs et malgré leurs promesses de ne pas se représenter ils se tiraient une balle dans le pied.

Mon constat au début de l’année était donc que les français attendaient un grand coup de balais,  et que leur proposait on ? Hollande, Juppé, Sarkozy, aux manettes depuis des décennies.

 Il était évident que les partis en place n’avaient rien compris. Le résultat des primaires de la droite fut un premier coup de semonce, même si Fillon avait été premier ministre il représentait, avec ses idées clivantes, un certain renouvellement.

 

L’extrême droite avait renouvelé sa tête de liste en installant la fille à la place du père dans un bel exemple de népotisme caractéristique des régimes dictatoriaux et c’était logique, le système interne du parti est conçu comme le parti voit le monde, une dictature,  le fils ou la fille du chef, une fois adoubé doit faire un coup d’état pour se débarrasser du chef qui, comme dans toute dictature ne cède jamais totalement le pouvoir.

Ce parti extrémiste a le vent en poupe, non pas parce que les français sont devenus racistes et xénophobes ou totalement obnubilés par des pulsions sécuritaires, mais parce que les partis en place sont moribonds, ils sont usé par des années de pouvoir, d’affaires, d’échecs et surtout ils n’ont plus de projet faisant rêver qui que ce soit.

Sur la base d’une analyse erronée,  Leurs stratèges ont donc incité ces partis à aller chasser sur les terre des extrêmes pour récupérer leurs voix, il était pourtant clair que une majorité des électeurs des extrêmes n’adhéraient pas fortement aux idées du parti pour lesquels ils votaient, mais qu’ils votaient surtout par rejet des partis en place.  Sarkozy pouvait tant qu’il voulait professer des idées très à droite, il ne changerait pas le fait que ces électeurs ne voulaient plus de lui.

Mon analyse était donc pessimiste,  car le rejet des forces en présence était tellement sensible dans l’opinion que le risque d’un vote massif vers les extrêmes se profilait.

Sur ce point, les politiques en place avaient fait la même analyse. Il fallait être au second tour pour profiter d’un vote ‘par défaut ‘des électeurs refusant le front national. Toute la stratégie politique du début d’année ne s’appuyait pas sur un projet politique mais sur des calculs savants pouvant permettre d’être au second tour face à Marine Le Pen. 

Ce panorama donnait envie de pleurer !

 Mais en allant se battre sur leurs extrêmes respectifs,  se droitisant ou se gauchisant  respectivement, les partis prenaient le risque de laisser le centre orphelin, ce n’était pas bien grave à leurs yeux,  car selon une théorie politique fortement reprise par les médias, le centre n’existe pas et suit l’extrême dominant.

Deuxième Erreur politique majeure !  Le centre n’existe pas quand les partis des deux cotés ne lui laissent pas beaucoup de place et quand personne ne le représente.

A partir du moment ou les partis de gouvernement à gauche et à droite vont chasser sans vergogne vers ce qui leur semble le nouvel eldorado des idées extrêmes en critiquant  tout ce qui fait les valeurs mêmes de notre pays, en attaquant l’Europe, en oubliant les valeurs  humanistes qui ont fait la France, le centre prend du ventre et trouve une raison d’exister.

Je fais partie de ces Français qui croient encore en l’Europe, qui pensent que le capitalisme sans contrôle ne mène qu’a plus d’inégalités, que l’humanisme et le partage sont les fondements d’une société qui veut durer, et parallèlement je crois qu’il faut favoriser l’esprit d’entreprise, que l’excès de protection et de règlementation est contreproductive et dissuade d’embaucher, que égalitarisme ne mène pas à l’égalité et que le travail doit trouver sa récompense.  Je refuse les idées extrémistes car elles sont de celles qui ont conduit les peuples dans les plus grandes catastrophes de l’histoire, J’aime l’Europe parce que c’est un vrai projet, ambitieux et difficile comme tous les projets mais qui a un sens devant l’histoire.  Ceux qui ont lancé ce projet savaient dans leur chair où mènent le nationalisme et le repli sur soi, ce que notre génération commence à oublier.

Et je sais que je ne suis pas seul,  on me positionnerait sans doute au centre droit, mais j’ai le coeur à gauche (comme le foie à droite).

Comment peut on croire qu’un pays peut se gérer uniquement de droite ou de gauche. Un pays se gère comme un corps avec deux bras, deux jambes, deux yeux et deux oreilles.  Et c’est comme cela que nous avons le plus de chance d’aller loin, plus loin en tout cas qu’avec un manchot borgne unijambiste. 

Un pays doit avancer avec des majorités de projets et non pas avec deux blocs qui ne se parlent pas, ne partagent rien et se méprisent. Comme le disait Aron, être de gauche ou de droite c’est être hémiplégique

Alors vous Imaginez bien que  devant un espace de raison complètement déserté par des politiciens cacochymes convaincus que le coup de barre à droite toute ou à gauche toute allait leur permettre d’être au second tour pour encore une fois arriver à être élu par des électeurs désabusés votant par défaut,  j’étais orphelin.

Quand Emmanuel Macron a timidement lancé un projet en avril 2016, j’ai vu de la lumière, quand j’ai vu qu’il s’agissait de travailler sur des projets sans ‘à priori’ de gauche ou de droite je me suis dit que dans mon scenario et dans le contexte actuel cette stratégie était clairement et sans aucun doute la stratégie gagnante.

   Un espace abyssal  au centre creusé encore par le système des primaires de gauche et de droite qui favorise les candidats ayant des positions tranchées et clivantes.

   Une envie de renouvellement de la classe politique majoritaire dans le pays.

   Une fatigue des électeurs devant des clivages stériles et des positions dogmatiques des partis en place alors que ce que l’on attend tous d’un gouvernement c’est qu’il gère au mieux notre pays, sur la base de projets enthousiasmants, d’activité et de travail avec une répartition raisonnable des richesses.

Je serai donc de ceux qui voteront pour Emmanuel Macron et ce sera la première fois que je voterai par adhésion depuis de longues années. Il y aura aussi beaucoup de gens qui voteront pour Emmanuel par défaut car ils sont tellement désabusés qu’ils ne croient plus à qui que ce soit mais ils considèreront, à juste raison, que c’est le vote contestataire le plus raisonnable et le moins destructeur dans le contexte actuel.

C’est pour cela qu’Emmanuel Macron devrait gagner et que pour une fois, les français pourront unir dans leur vote l’Enthousiasme, la Jeunesse et la Raison.

 

Et cela fait du bien !




Opinion Libre