Lettre ouverte d’un aspirant « député internet » à François FILLON

    Gilles COLLET


Monsieur FILLON,

Ce jeudi 23 mars fut pour le téléspectateur et citoyen que je suis un nouvel échelon atteint dans la tournure outrancière de l’argumentation développée par celui qui se présenta jadis comme le candidat de l’exemplarité et de la transparence, toujours présumé innocent, dans le but de minimiser les interrogations légitimes des français au sujet de votre probité et de parfaire votre version du complot et de l’affaire d’état.

Mais ce n’est pas à ce sujet, déjà trop présent à mon goût dans la campagne actuelle, que je souhaitais vous interpeller, mais plutôt en réponse à la vision archaïque et condescendante que vous avez développé au sujet des « inconnus choisis sur internet » auxquels le mouvement En Marche a décidé d’ouvrir la candidature à l’investiture pour les prochaines élections législatives.

Un tel mépris n’est guère étonnant de la part du candidat aux élections présidentielles d’une formation politique constituant l’un des deux blocs, selon vos propres termes, dont l’acharnement à entretenir une logique partisane de clivage gauche / droite et l’opiniâtreté des individus qui la composent à s’accrocher à leurs mandats contribuent largement à aggraver le déficit de représentativité de nos députés.

C’est précisément internet qui permet aujourd’hui à chaque citoyen d’avoir accès à une information complète et détaillée, notamment mise à disposition sur le site de l’Assemblée Nationale, et de prendre conscience des anomalies consternantes produites par le fonctionnement des « vieux partis » dont la structure hermétique et l’inertie conservatrice garantissent la mainmise des initiés sur les décisions d’investiture.

Ainsi il m’apparait important de vous rappeler ainsi qu’à mes concitoyens au travers de quelques chiffres édifiants le déficit de représentativité dont ces vieux partis et leurs élus sont les promoteurs et les bénéficiaires :
• 82% des députés sont âgés de 50 ans ou plus, contre 49% des français en âge de voter ;
• 87% des députés en sont au moins à leur 2e mandat (93% pour le groupe LR) et 38% au moins à leur 3e mandat (44% pour le groupe LR) ;
• 74% des députés sont des hommes (87% pour le groupe LR), malgré une loi qui aura bientôt 17 ans ;
• 82% des députés élus en 2012 en situation de cumul de mandats, là où en Europe cette proportion ne dépasse les 20% dans aucun autre pays.

Outre ce dernier chiffre pour lequel la loi du 14 février 2014 va permettre une avancée considérable par son application en juillet 2017, l’ensemble des déséquilibres qui perdurent et s’aggravent (à l’exception de la parité homme-femme) contribuent à accentuer la défiance des citoyens envers leurs représentants élus.

C’est en réponse à ce constat flagrant et indigne de l’esprit républicain, dont votre parti n’a sur ce point emprunté que le nom, qu’Emmanuel Macron a décidé d’appeler les citoyens à une candidature libre et spontanée pour l’investiture en vue des prochaines élections législatives.

Mon objectif, en contribuant par ma candidature comme plus de 13000 de mes concitoyens, est de permettre à la commission d’investiture du mouvement En Marche de nommer selon l’exigence des principes de probité, de parité réelle, de renouvellement et de pluralisme politique définis dans les engagements d’Emmanuel Macron, des candidats plus représentatifs de la société française.

Alors évidemment, comme l’ambition de cet appel à candidature est de permettre pour la moitié au moins des investis, dont une majorité issue de la société civile, de se porter candidat pour la première fois à la députation, ils apparaitront bel et bien comme des inconnus du paysage politique.

Il n’est pas surprenant que les dirigeants et les apparatchiks des deux grands blocs qui misent depuis des dizaines d’années sur la perpétuation d’un clivage qui leur assure une alternance synonyme de retour au pouvoir voient d’un très mauvais œil l’émergence d’un mouvement basé sur l’ouverture et le pluralisme.

En revanche, je pense que vous faites erreur en méprisant la volonté de changement que les français pourraient démontrer en soutenant des femmes et des hommes neufs afin d’engager un renouvellement de l’action politique et une recomposition de sa représentation nationale.

N’en déplaise aux « députés de droite comme de gauche qui labourent le terrain » que vous évoquiez hier soir sur le plateau de l’Emission Politique, beaucoup de nos concitoyens considèrent que le fait d’être « implantés » durablement dans le microcosme politique d’une circonscription, loin d’être un gage de légitimité ou d’aptitude supérieure à les représenter, relève souvent d’une résolution personnelle à poursuivre une carrière politique, parfois au détriment de la qualité ou de l’assiduité de la représentation.

Une fois encore, les chiffres sont têtus puisqu’il suffit d’analyser les données d’activité parlementaire librement accessibles, open data oblige, pour démontrer que le cumul dans le temps de mandats par les députés s’accompagne d’une diminution significative de leur assiduité (-15% à -35% pour la présence en commission) et de leur action parlementaire (-23% à -57% pour la rédaction de rapports et avis).

Pour conclure mon propos et remettre en perspective ce que d’aucuns considèrent encore comme l’esprit de l’engagement politique, je souhaitais vous rappeler que la représentation politique n’est pas le pré carré d’une caste dirigeante autoproclamée ni l’apanage des « vieux partis », comme j’espère et veux croire que nos concitoyens ne tarderont pas à vous le démontrer dans les urnes.

Me doutant bien que cette lettre, bien qu’écrite avec tout le respect, l’honnêteté et la conviction que son propos exige, n’aura que peu de chances de vous convaincre que vous faites fausse route, j’ose espérer qu’elle saura rappeler à ceux de nos concitoyens qui en prendront connaissance la chance que nous avons de vivre dans une démocratie où l’expression est une liberté et ou le numérique, de surcroit, permet et devra toujours permettre l’expression directe de « simples citoyens ».

Gilles COLLET
Candidat « inconnu » à l’investiture
Nancy (54)



Opinion Libre