Lettre ouverte à Monsieur Alain Juppé (mise à jour le 16 avril)

portrait GDI

     Géry Divry


 

Monsieur,


J’ai modifié cette lettre pour réagir aux évenements de ces derniers jours.

Je me qualifierai d’électeur de centre droit n’ayant jamais milité pour aucun parti jusqu'à ces derniers jours.

Je fais partie de ceux qui pensent qu’il existe un peuple de droite humaniste, européen, respectueux de chacun et soucieux d’associer la croissance et la liberté économique à un progrès social chaque fois que cela est possible. 

C’est cette sensibilité qui a créé l’Europe, qui l’a défendue et qui nous a permis de vivre en paix sur ce continent depuis 70 ans. Cette Europe est imparfaite, tout le monde en convient, mais elle peut être améliorée chaque jour par des hommes et femmes de bonne volonté.

Je me permets de vous écrire car je suis très inquiet des positions affichées jour après jour par le candidat que vous soutenez.

Ces positions s’éloignent quotidiennement des valeurs que j’associais à cette droite modérée, respectueuse et progressiste qui s’accordait bien avec ma vision humaniste du monde.

Ces derniers jours j’avoue avoir eu du mal à distinguer, dans le fond et dans la forme des discours prononcés par Monsieur Fillon, de différences marquées avec ceux d’un Parti que j’exècre qui est le Front National.

L’agressivité envers ses compétiteurs, la reprise dans son discours de Toulon de tous les éléments de langage de ce parti de la haine me choquent au plus haut point. Monsieur Fillon ne prône plus un projet rassembleur pour une nation mais n’essaye plus que de rassembler son électorat par le dénigrement de l’autre.

Ce dimanche 16 avril, une semaine avant le premier tour, François Fillon vient d’annoncer qu’il n’excluait pas de faire rentrer des membres de ‘Sens Commun’ dans son gouvernement. 

Il est clair maintenant qu'il ne cherche plus à rassembler mais, en cautionnant les dérives quasi sectaires de ce mouvement et en proposant qu’ils guident sa politique, il a choisi de diviser ce qui reste de la droite républicaine. Il vient de franchir encore une fois la ligne rouge et vous ne dites rien !

La droite républicaine est en train de perdre son âme et vous le savez bien, là où il n’y à plus d’âme, là où il n’y a plus de valeurs universelles à défendre, il n’y a pas d’avenir.

Je sais que selon Machiavel la politique et la morale sont très éloignées, mais il existe toutefois encore pour le représentant suprême de la Nation l’impératif de l’exemplarité.

Or Monsieur Fillon trahis jour après jour cette nécessité de l’exemplarité !

Sans exemplarité il n’y aura pas de rassemblement républicain autour de son projet, et sans rassemblement républicain il n’y aura pas de mise en œuvre possible de ce projet. La France basculera dans une période de crises et de blocages qu’il est facile d’anticiper.

Vous qui avez été confronté à cette difficulté quand vous avez voulu réformer les retraites êtes le premier à savoir qu’un projet d’ampleur nationale ne peut s’imposer par la volonté d’un seul camp. Il faut convaincre une grande majorité de nos concitoyens pour pouvoir faire bouger les lignes, et pour les convaincre de devoir faire des efforts, il faut soi même être exemplaire.

L’homme que vous soutenez encore ne rempli pas ce critère et, si il était élu, il ne pourrait clairement pas appliquer son programme.

La droite s’est donc engagée dans une illusion de plus, une voie sans issue et, de ce fait, ses membres ne donnent plus l’impression de se battre pour un projet, mais pour conserver leurs mandats et leurs petits avantages, l’image donnée est délétère.

Le courant de pensée que vous représentez est pourtant loin, selon moi,  de toutes ces turpitudes. Comme moi, tous mes amis qui ont voté, pour vous aux primaires de la Droite et du Centre se sentent trahis, jour après jour, par le silence déconcertant des représentants de ce que nous croyions être une droite modéré et républicaine devant les dérives sectaires et la faillite morale du candidat finalement retenu pour la représenter.

Nous ne pouvons pas nous retrouver dans ce que propose Monsieur Fillon et encore moins  nous identifier à l’homme.

Pire encore, ses attaques quotidiennes, les fausses rumeurs martelées jour après jour par ses troupes ne visent principalement que le seul autre candidat démocrate à même d’atteindre le second tour. 

Les méthodes utilisées de la rumeur malsaine sur l’islamisme supposé de son conccurent rappellent trop celles utilisées contre vous lors de la primaire pour que ce soit une coincidence.

Par stratégie électorale il ménage sciemment madame LePen, et en affaiblissant le seul autre démocrate présent, il a ouvert un boulevard aux démagogues de droite ou de gauche. 

Le resultat de cette manipulation malsaine, de cette obstination de revanche à tout prix d’un candidat rejeté par 80% des Francais est que le risque d’un second tour entre deux démagogues est devenu possible et même probable. 

Vous savez que la France ne s’en relèverait pas, vous le savez et vous ne faites rien !

Il est inimaginable que, par votre silence de plus en plus assourdissant, vous continuiez à cautionner la faillite morale et les dérives extrêmes et sectaires vers lesquelles nous précipite Monsieur Fillon et que vous preniez le risque de laisser notre pays plonger dans une crise catastrophique. 

Je ne comprends pas, comment des hommes politiques responsables comme vous , comme Monsieur Raffarin et bien d’autres puissent laisser la France avancer vers un gouffre, une catastrophe annoncée et s’en laver les mains au nom de la fidélité à un parti trahi par un seul homme. 

Si le pire arrive, l’histoire se souviendra de ceux qui ont laissé faire et ne sera pas tendre avec eux. 

Je vous conjure donc de sortir, à minima, de votre réserve et de prendre la parole pour remettre les pendules à l’heure.

Nous sommes donc nombreux à avoir fait le choix de soutenir maintenant un autre candidat, qui, jusqu'à preuve du contraire, est d’une parfaite probité, prône une économie libérale tout en s’attachant à maintenir une solidarité nationale avec l’ensemble des Français, dont ceux qui souffrent le plus de la crise économique, et surtout, essaye de rassembler les Français plutôt que de les diviser.

Même si je suis convaincu que vos convictions intimes sont bien plus proches des idées de ce candidat que de la mutation sectaire de Monsieur Fillon, je ne vous demanderai pas de prendre parti pour Emmanuel Macron ! Vous n’avez pas besoin de moi ni de quiconque pour savoir où sont les vraies valeurs républicaines et, face au danger qui menace, le meilleur chemin à suivre pour notre pays.

Lorsque l’inacceptable est prononcé, lorsque la dérive des idées menace, lorsque la démocratie est menacée, les hommes de convictions doivent savoir se lever et dire clairement que cela suffit. 

Il en va de leur honneur, il en va du destin de leur pays.

Je n’en attends pas moins de vous !

 

Géry Divry

 

 

 

 

 Le 3 avril 2017 mise à jour le 16 avril 2017

Opinion Libre