Lettre ouverte à Monsieur François Bayrou

portrait GDI

     Géry Divry


 

Monsieur,


Sans jamais militer ni faire de politique, je suis un de vos électeurs fidèle, j'ai toujours voté pour vous, car à mes yeux vous représentez la justesse, le bon sens et la probité que j'attends d'un homme politique.

J'aime votre clairvoyance et votre capacité à projeter le débat un peu plus loin que les petites querelles mesquines des candidats qui soignent leur égos plus souvent que leur pays.

Je vous écris ce jour pour vous dire que pour la première fois je ne voterai pas pour vous au premier tour de l'élection présidentielle.  Non pas que ma sensibilité ait changé ni que vos positions m'aient déçu, mais simplement parce que, comme vous, je place l'avenir de mon pays avant ma fidélité à un homme.

Pour la première fois depuis que je suis en capacité de voter, la France se trouve devant un péril populiste majeur.

Pour la première fois depuis que je suis en capacité de voter, l'extrême droite nationaliste, anti-européenne est en mesure, si nous ne sommes pas capable de faire face, de prendre le pouvoir et de faire sombrer notre pays de lumière dans un puits d'obscurantisme et de souffrance.

L’état de déliquescence politique dans laquelle se trouve notre pays du fait d’une classe politique vieillissante, aux affaires publiques depuis des décennies, et à leurs petites affaires privées depuis aussi longtemps, a conduit les Français à une envie de changement tellement forte qu’elle transcende l’ensemble des sensibilités politiques et fait de cette élection présidentielle l’élection de tous les dangers.

Des apprentis sorciers, à gauche et à droite veulent profiter de ce climat délétère pour prendre le pouvoir et nous entrainer dans leurs folies dogmatiques et sectaires.

La classe politique dite ‘ de gouvernement ‘ n’est plus audible, et même des personnalités raisonnables et modérées comme vous sont associées à l’ancien système qu’il faut déboulonner à n'importe quel prix.

Et pourtant, pour la première fois depuis que je suis en capacité de voter, il y a une mince et fragile possibilité que la grande majorité des idées humanistes, de droiture républicaine, de modernité économique dans le respect de tous, que vous défendez depuis des années puisse accéder au pouvoir en France et enfin remettre notre pays dans les rails d’humanité, de prospérité et de progrès qu’il n’aurait jamais du quitter.

Cette vision centriste, humaniste, européenne, respectueuse de chacun que vous avez toujours défendu est portée par un mouvement que certains, par absence de lucidité ou par incompréhension, jugent sorti de nulle part.

Ce mouvement, En Marche, incarné par Emmanuel Macron n’est pas sorti de nulle part, il est sorti d’une aspiration forte des hommes et femmes de bonne volonté qui veulent aussi du changement, mais refusent les idées extrêmes et destructrices. 

Vous êtes un homme qui connaissez très bien l’histoire, vous savez bien que dans les périodes troubles, un rien peut faire basculer un peuple de l’obscurité vers la lumière ou inversement.

Vous savez aussi que lorsque un sentiment collectif non exprimé devient majoritaire, il ne lui manque plus qu’un germe pour cristalliser et prendre corps. 

C’est l’histoire d’En Marche. 

Tous les hommes et femmes libéraux, humanistes, européens qui comme moi, désespéraient de voir leur pays avancer à grands pas vers un désastre annoncé ont enfin un espoir, une solution alternative à la haine et au chaos.

Cet espoir est fragile, et comme vous, je pense qu’il ne porte pas forcément pas forcément l’intégralité de ma sensibilité. Pour avoir discuté avec d’autres marcheurs, il est clair que c’est aussi leur cas.

Mais même si nous n’étions pas d’accord sur tout, nous avons pu discuter, débattre, partager, confronter nos points de vues dans une ambiance positive et dans le sentiment lumineux que ce qui nous rassemblait était plus fort que ce qui pouvait nous diviser.  C’est comme cela que je vois la France, c’est comme cela que j’aime la France.

Emmanuel Macron n’est pas l’homme providentiel dans le sens péjoratif que veulent distiller ses détracteurs, c’est un homme qui n’est là que parce qu’il cristallise sur sa personne l’attente forte de millions de Français qui ne se reconnaissent pas dans les dérives extrémistes qui leur sont proposées comme seules alternatives.

Il y a quelques années, vous auriez pu jouer ce rôle de germe de cette cristallisation, vous auriez mérité de jouer ce rôle. Aujourd’hui, il est clair pour moi que cela n’est plus possible.

Emmanuel Macron est un homme qui a beaucoup de points communs avec vous par sa lucidité, sa culture, sa bienveillance et son intelligence. 

Par contre, son parcours, son histoire, sa jeunesse sont différentes et même complémentaires de votre histoire. 

Il a la fougue de la jeunesse, vous avez le recul de l’expérience, il veut défendre un libéralisme social donnant sa chance à tous en bousculant des structures rendues rigides par le poids des ans, vous avez le sens de l’état et des institutions républicaines chevillées au corps.             

Vous représentez pour moi les deux faces indivisibles d’une même pièce qu’est la France rayonnante, optimiste, créatrice, démocrate et républicaine.  

Vous opposer pour des points de détails ou des ambitions personnelles serait un gâchis inexcusable devant l’histoire.  

Ce qui vous rassemble est bien plus fort que ce qui pourrait vous diviser.

Nous avons rendez-vous avec l’histoire, vous avez rendez vous avec l’histoire.

Il ne tient qu’à vous d’être celui qui aura fait basculer notre pays, prêt à sombrer vers l’obscurantisme, vers un futur plus lumineux.

Il y a en France un grand nombre d’électeurs qui, comme moi, vous apprécient en tant qu’homme et qui, comme moi veulent enfin voir leur pays retrouver la raison, porter le flambeau de la tolérance et de l’humanité quand beaucoup de valeurs sombrent autour de nous.  

Ils attendent que vous portiez vous aussi ces valeurs avec une vraie volonté de les voir enfin triompher car est évident pour tous, que dans cette période trouble, vous ne sauriez les incarner seul sans risquer de rater le rendez vous de la France avec l’histoire et de porter sur votre nom l’infamie de l’avoir laissée sombrer.

Nous allons nous lancer dans une ultime bataille contre l’obscurantisme, la haine de l’autre et le repli nationaliste qui a fait tant de mal à l’Europe, nous ne pouvons le faire divisés. 

Je vous exhorte donc à faire le choix de défendre avec nous les valeurs que vous avez toujours portées et, plutôt que de nous combattre alors que nous partageons les mêmes valeurs, de nous accompagner par votre expérience et votre lucidité, nous avons aussi  besoin de vous à nos cotés pour que la France retrouve le chemin de la lumière et de la prospérité.

 

 

Géry Divry

 

 

 

 

 

Opinion Libre